Jean-Noël Retière,

Une entreprise d’état séculaire : les tabacs, l’exemple de la «manu» de Nantes (1857-1914)

Le 29 décembre 1810 fut institué par décret impérial, le monopole d’État sur la culture, la fabrication et la vente des tabacs. Singulière en raison de son statut juridique, l’industrie des tabacs présentera d surcroît, dès le Second Empire, des spécificités qui ressortissent tout autant à son mode d’organisation fortement bureaucratisé qu’à ses manières de produire. L’institutionnalisation de l’autorité, à tous les échelons d’une hiérarchie placée sous le contrôle d’employés supérieurs (fonctionnaires issus de l’École Polytechnique), la spécialisation et le grand nombre de la main-d’oeuvre, la rationalisation de la gestion des fabrications et des travailleurs(es) soulignent les traits constitutifs de cette entreprise où, en outre, la protection sociale (maladie, accidents du travail, congés, retraite, représentation et droit de réclamation) au sens large ne peut manquer de nous apparaître, jusqu’en 1914, souvent novatrice.

On December 29, 1810, by imperial decree, the state monopoly on the culture, manufacture, and sale of tobacco was officially instituted. The tobacco industry, whose legal status was peculiar, was also characterized as early as the Second Empire by idiosyncrasies which can equally be put down to its highly bureaucratized organization and to its means of manufacturing of gelting laborers to manufacture. The institutionalization of authority, on every level of a hierarchy with at its top high-ranking employees (civil servants from the « Ecole Polytechnique »), a large specialized labor force, the national management of both manufacturing and workers are the main features of this enterprise. On the other hand, the standard of social protection by and large–sick leaves, industrial injuries, holidays, retirement pensions, possibilities to be represented–are often bound to appear too well ahead of their times.

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