Giuliana Gemelli,

Les écoles de gestion en France et les fondations américaines (1930-1975) : un modèle d’appropriation créative et ses tournants historiques

Le développement des écoles de gestion en France, et notamment de celles qui se sont inspirées des programmes MBA, a souvent été perçu comme l’effet d’une simple imitation des modèles américains. Cet article analyse le rôle joué par les grandes fondations américaines (Rockefeller, XXth Century Fund et surtout Ford) et fait apparaître que le tableau fut beaucoup plus complexe. Ce qui caractérisa les trois tournants de la longue gestation des écoles de gestion en France, ce fut plutôt un processus de fertilisation croisée où les acteurs (hommes d’action, consultants, grands commis) furent, avec leurs initiatives et leur capacité de traduction, les vecteurs d’un processus d’appropriation créative. Ce processus eut des répercussions dans l’espace de la concurrence entre les institutions françaises (écoles de gestion, universités) ainsi que dans l’espace de la concurrence internationale. Il apparaît que les fondations américaines ont été en France un vecteur de dynamisme plutôt que d’influence directe ou de domination lors des trois tournants qui sont marqués par de profondes différences historiques.

The development of business schools in France was generally perceived as the product of imitation of American patterns. This article, which discusses the role played by American foundations in the long period (1920s-1970s), tries to demonstrate that the entire picture was more complicated. The long gestation of French management education was characterized by three turning points and by a cross-fertilization process rather than a transplant of American models. The role of actors (institution builders, grands commis and intellectual entrepreneurs) was crucial in shaping the interaction between American foundations and French institutions. The dynamic interaction of « actors and factors » created interesting effects of « creative appropriation » since the 1930s; in the 1960s, it shaped the patterns of competition among French institutions (universities, grandes écoles, and business schools); in the 1970s, it had also a role in international competition, particularly when the Ford Foundation became the main « translator » among different institutional strategies. Despite the strong differences produced by historical and functional factors in the three periods analyzed, it appears that the role of American foundations in France was that of a catalyst rather than of a ruler.

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