Daniel Gouadain (avec Pierre Louart),

Les enseignements de gestion dans les universités avant et après la création des IAE

La formation du «gestionnaire» n’a pas suscité le même intérêt que celle de l’ingénieur. Peut-être parce que notre pays s’est montré résolument novateur en matière de cursus destinés au second, alors que, s’agissant de ceux au bénéfice du premier, il s’est contenté pour l’essentiel de suivre. Les formations à la gestion naissent dans la deuxième moitié du XIXe siècle, pour répondre aux besoins du commerce, hors du giron de l’Etat, ce qui les a longtemps vouées à la marginalité : l’Université ne voit guère en quoi elle pourrait contribuer à la formation de «futurs commerçants» ; et les Ecoles Supérieures de Commerce (ESC), qui se sont progressivement créées à leur intention dans les grandes villes du pays, gardent un statut longtemps modeste. Ce n’est qu’après la fin de la Seconde Guerre Mondiale que les choses changent véritablement à l’Université, et à cet égard il faut relever le rôle décisif que les IAE ont joué, dès 1955, à la périphérie du «système», en permettant de répondre aux besoins du monde des affaires, tout en contribuant à la reconnaissance progressive des sciences de gestion. Par la suite, les enseignements de gestion ont investi le «coeur de la citadelle»: Dauphine est créée en 1968, des formations de second et de troisième cycles sont progressivement mises en place, et, dans les années 1970, un doctorat et une agrégation de sciences de gestion viennent couronner les récents cursus; tout un travail discret, qui devait porter massivement ses fruits à partir des années 1980. Le succès des enseignements universitaires de gestion n’en laisse pas moins pendantes quelques questions. Parmi elles: celle du devenir des sciences de gestion, dont il faut se demander si elles sauront conjuguer les risques de l’éclatement en sous-disciplines, pour s’articuler en un réseau théorique ouvert aux convergences celle de l’équilibre à établir entre enseignements pratiques et théoriques; celle enfin de la place institutionnelle des formations à la gestion au sein des universités.

Management education has received relatively little attention in the French educational system compared to, say, engineering training. The reason for this could be explained in part by the fact that unlike the former, engineering training has had a long tradition in the country’s national educational system. Management on the other hand traces its origins only to the second half of the 19th century, largely in response to the specific needs of the business community rather than as part of the national educational system. Because of the specificity of its origins, management training in France was largely left in the hands of the private business schools, « les Écoles Supérieures de Commerce » (most of which were established in the larger cities by the chambers of commerce) rather than the universities, which gave them a rather modest status. It was only after the Second World War that management training gained some interest among the universities. In this regard, the role of the « Instituts d’Administration des Entreprises » (IAE), created in 1955, rather peripheral to the system, should be particularly emphasized. As a result of this development, the University of Paris IX-Dauphine (devoted entirely to management education) was established in 1968. From its initial mission of offering degree programs at the Bachelor and (progressively) Master’s levels, the doctorate program and the « agrégation » in management were established at this and other universities during the 1970s. All these efforts began to bear fruits in the 1980s. But the success of management education at universities in France has also raised important questions with implications for the future of the science in this country. What then is to become of management science? Would it be able to avoid the risk of dividing into subdisciplines, in order to articulate its position in the overall theoretical network open to convergences? Secondly, should teaching in this discipline attain an equilibrium between theoretical and practical bases? And finally, what should be the institutional place of management training within the overall higher educational system in this country?

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+